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Noël Legault dit
Deslauriers 1) 1. "Nos Ancêtres", volume 25, pp. 125-131, La revue de Sainte-Anne-de-Beaupré 1994. |
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Noël Legault dit Deslauriers Nos ancêtres (1)
NOËL LEGAULT, DIT DESLAURIERS
L'ancêtre Noël Legault naquit à Irvillac, aujourd'hui commune du canton Daoulas situé à l'est de l'arrondissement de Brest, diocèse de Cornouaille, département du Finistère en Bretagne française. Le petit bourg de Daoulas se trouve à cheval sur les deux rives de la rivière du même nom et dont l'estuaire forme une des nombreuses découpures de la rade de Brest.
Selon nos maigres documents canadiens, Noël serait né entre les années 1672 et 1674. Ses parents répondaient aux noms de Roch Legault et de Marie Galion.
Legault, en vieux français, signifie tout simplement Le Bois.
Un jour, le jeune homme s'enrôle comme soldat dans les rangs de l'armée française pour défendre sa patrie là où il y a besoin. Est-ce à cause de sa bravoure ou de ses victoires ? Il reçoit le surnom de Deslauriers.
Le Verrier
Noël Legault arrive en Nouvelle-France comme faisant partie des troupes de la marine, compagnie de François Le Verrier, sieur de Rousson. François, natif de Paris vers 1656, membre de la première compagnie des Mousquetaires du roi en 1675, cornette de cavalerie dans le régiment de Varennes, puis lieutenant réformé et lieutenant en pied dans le régiment de La Vallette en 1682, devient le 17 mars 1687 capitaine dans les troupes de la marine. À ce titre, la même année, il passe en Nouvelle-France.
Est-ce que Noël Legault arriva sur nos bords en 1687 ? La réponse est négative ; à 15 ans, il est un peu jeune pour être un militaire de classe, à moins de servir comme marmiton.
Le Verrier, garde-marine en janvier 1693, est promu capitaine avec commission en mars 1694. Sous Frontenac, plusieurs soldats arrivent de France entre 1693 et 1696. À cette époque, Noël Legault fait partie des troupes de la franche marine stationnées au Canada. L'on sait que, le 7 septembre 1697, Callière envoie Le Verrier et ses soldats «au pied du long sault de la grande rivière se poster du côté nord dans le lieu qu'il jugera le plus propre pour en garder les deux bords». Il doit y construire un fort de pieux ou, au moins, y faire un abattis pour se protéger de l'ennemi. Il est probable que le soldat Legault suivit son maître dans cette opération défensive. Mais, j'en cherche vainement la preuve dans les sables mouvants de notre histoire.
Marie Bénard
Le 10 mai 1678, à Sorel, l'abbé Benoît Duplein baptise Marie Bénard, fille de Mathurin Bénard, dit Lajeunesse, et de Marguerite Viart, Jean Poirier, ex-soldat de la compagnie de Chambly, et Marie Langlois, sa femme, servent de parrain et de marraine à l'enfant. À l'âge de 17 ans, Marie rencontre François Gloria. Mariage à Notre-Dame de Montréal le 31 octobre 1695, par-devant le sulpicien Michel Caille. Après la naissance de son deuxième garçon, Pierre, qui comme le premier ne survécut pas, François disparaît en 1698, sans que les registres nous disent pourquoi et comment.
Ici intervient Noël Legault. Il propose mariage à la veuve Gloria. Dispense de trois bans à l'église de Notre-Dame. Le notaire Raimbault rédige leur convention matrimoniale le 17 novembre. Et, le lendemain, 18 novembre 1698, bénédiction solennelle de leur union par le père sulpicien René-Charles De Breslay et les témoins consignés au registre: François Jérôme, dit Latour, sergent de la compagnie de Le Verrier; François Legantier, sieur de LaVallée, militaire galonné; Antoine Tesserot, charpentier de Lachine; Pierre Chantereau, sacristain respecté, et François Le Verrier, sieur de Rousson, en personne.
Les cloches de Ville-Marie sonnent alors à toute volée annonçant à la population qu'une nouvelle famille fondatrice allait développer un rameau puissant dans l'arbre encore fragile de la nation canadienne-française.
Fermier
Noël Legault demeure probablement en service dans l'armée après son mariage. L'on sait que le roi donna 100 livres ou 50 livres et des vivres pour un an à tout soldat du régiment de Carignan qui voulut s'établir dans la Colonie. Cette politique demeura-t-elle en vigueur jusqu'en 1700? Noël Legault, le 27 avril 1700, donne à Pierre Rivest une procuration, c'est-à-dire le pouvoir d'agir en son nom. Il était soldat. Le 22 juin 1701, Legault est certainement démobilisé puisqu'il achète de Pierre Sabourin une terre de 120 arpents en superficie, sise à la rivière Saint-Pierre, à condition d'en payer le coût à Charles de Couagne, marchand de fourrures. Avec la grande paix de 1701, les gens peuvent semer, planter et bâtir.
Le 27 février 1707, Noël et sa femme font un achat de Geoffroy Lefebvre, dit Saint-Jean, habitant de Montréal ; un autre de Suzanne Leduc, épouse de Paul Desroches, dit Pincourt, le 3 janvier 1712. Enfin, le 27 février 1712, les Legault effectuent une vente à Jean Monet, marié à Jeanne Badel depuis 1693 et père de cinq enfants vivants.
Bref, c'est la vie humble et laborieuse. Comme aujourd'hui, il était beaucoup plus facile de s'endetter que de s'enrichir. Le 3 juillet 1714, un monstre financier frappe à la porte des Legault, Charles de Couagne, patient créancier, est décédé depuis le mois d'août 1706. Sa veuve Marie Godé épouse en secondes noces, le 13 novembre 1712, Pierre Derivon, sieur de Budemont, chevalier, lieutenant militaire. Celui-ci veut régler la question de la succession de Charles de Couagne. Noël Legault accepte d'acquitter ses dettes, mais elles dépassent ses capacités de payer, semble-t-il. L'affaire se retrouve sur la table de l'intendant Michel Bégon, sieur de La Picardière. Celui-ci, le 3 juillet 1714, émet une ordonnance demandant à Noël Legault, dit Deslauriers, d'honorer un billet de 884 livres qu'il doit à la succession du sieur de Couagne pour l'achat d'une terre située en la côte de Saint-Pierre, près Lachine. Je ne connais pas la solution apportée par Noël à ce grave problème.
La legaulterie
Marie Bénard réclame la maternité de Pierre-Noël, Jean, Jean-Baptiste, Marie-Josèphe, René, Joseph, Charles, Louis, Pierre, Marie-Rosalie, Suzanne, Marie-Anne et François-Marie, presqu'une armée! La destinée de René, baptisé à Lachine le 22 août 1705, engagé pour aller dans l'Ouest du 7 mai 1725 au 30 juillet 1729, m'échappe. Née le 22 mars 1717, Marie-Rosalie expire le 24 juillet suivant.
Jacques Brisebois se marie, le 27 avril 1733, à Pointe-Claire, avec Marie Legault, 29 ans. Antoine Lalonde conquiert le coeur de Suzanne Legault. Épousailles, le 10 janvier 1735, également à Pointe-Claire; famille de treize enfants. Un autre Brisebois, Ambroise, s'allie à la famille Legault en épousant Marie-Anne, le 30 septembre 1738, toujours à Pointe-Claire.
Quant aux garçons Legault, tous sont voyageurs ou portageurs en allant au Détroit, aux Illinois, à Michilimakinac ou à d'autres endroits pour monter des canots de marchandises et en redescendre chargés de fourrures: une véritable saga ! En 1738, Noël, Joseph, Charles et François partent ensemble pour se rendre à Michilimakinac.
Pierre Billeron, dit LaFatigue, soldat de la compagnie de Noyan, parraine le jeune Pierre-Noël Legault, à Montréal, le 8 décembre 1699. À Lachine, le 31 janvier 1724, Pierre-Noël épouse Angéline Brault, dit Pomainville. Après ses noces, il continue d'être voyageur. Ses six enfants naissent à Pointe-Claire. Vers 1738, il convole avec Angélique Ossant.
Le filleul de Jean Drapeau, dit Laforce, Jean Legault, semble le plus sédentaire de la famille. Père de quatre filles avec Marguerite Milot, il est inhumé à Montréal le 12 juin 1750. Jean Boisson, dit Saintonge, et Marie-Brunet portent sur les fonts baptismaux de Lachine le fils Jean-Baptiste Legault. Le 14 janvier 1726, celui-ci épouse Marie-Anne Cholet, fille de Sébastien. En 1727, il se rend à Michilimakinac. Il signe, le 2 juin 1735, un engagement pour aller à la mer de l'Ouest. Quant à Joseph, il s'engage lui aussi pour l'Ouest, le 27 juillet 1730. L'année suivante, le 19 septembre, à Pointe-Claire, il se marie avec Suzanne Brisebois.
Filleul de Charles Parent le 18 janvier 1708, Charles Legault accepte comme sa femme Marie-Josèphe Dubois, le 14 janvier 1732. Même après son mariage, pendant au moins dix ans, il dirige son canot vers le Michigan et Michilimakinac. Il achète, le 12 juin 1741, à Pointe-Claire, dix arpents de terre en superficie: il les revend tout de suite à Pierre Charlebois. Charles veut respirer l'air du Large. Son frère Louis suit lui aussi ses traces. Après ses épousailles avec Élisabeth Martin, dit Ladouceur, en 1737, il va plusieurs fois à Détroit. Le greffe du notaire Porlier possède un engagement de Louis pour faire le voyage au poste du lac Bourbon et ses dépendances, aider à conduire un canot de marchandises et en redescendre en 1745 dans un canot chargé de pelleteries.
Pierre Legault, baptisé vers 1710, mari de Clémence Brisebois le 30 septembre 1738, père d'une progéniture de huit membres, est inhumé à Saint-Laurent, le 31 décembre 1759. Le cadet François-Marie, filleul de Jean-Baptiste Caron et de Marie-Clémence Girard le 27 juin 1721 à Lachine, vend une terre à Jean Milot, située à la côte Saint-François, paroisse Sainte-Geneviève, le 1er décembre 1744, pour la somme de 450 livres. Marié à Marie-Rose Brazeau le 11 janvier 1740 à Pointe-Claire, il est père de trois enfants et souvent qualifié de voyageur.
Tel est à la deuxième génération l'imposante legaulterie, si présente dans la région de Montréal et le monde des voyageurs ou coureurs de bois, durant la seconde partie du Régime français.
Conseiller discret
Si les fils et les gendres de l'ancêtre Legault déplacèrent beaucoup d'air durant leur vie, le foyer de Noël et de Marie était comme le point d'eau d'où l'on part et où l'on revient, toujours assurés de l'accueil, du repos et de l'encouragement.
Un jour, Noël Legault est élu tuteur des enfants mineurs de défunt Pierre Legault, dit Pomainville, et de Clémence David, à la place de Jean Brault. Le 5 juin 1732, Noël renonce à cet honneur, non pas pour se soustraire à un devoir, mais pour éviter les tensions que pareille charge suscite très souvent et parce qu'il avançait en âge.
Noël et Marie ont acquis de Pierre Aymard une terre de 2 arpents sur 30 de profondeur, sise au lieu dit la Grande Anse, à la paroisse de Sainte-Claire. Le 14 mars 1740, le père réunit ses enfants et fait le partage de ses biens. Il avait une maison de 30 sur 25 pieds, faite de «pierres sur pierres», une grange, une étable avec une jument, deux vaches, quatre moutons et seize poules. François-Marie, le benjamin, accepte cette donation paternelle, selon certaines conditions. Chacun des autres enfants recevra 1,200 livres, une petite fortune à l'époque. À l'âge de 75 ans, l'ancêtre des Legault d'Amérique s'éteint paisiblement, le lundi 17 avril 1747, à Pointe-Claire. Ses funérailles ont lieu le lendemain. J'ignore l'heure du départ de Marie Bénard.
Noël et Marie, vous êtes toujours la fontaine familiale intarissable où chaque génération vient puiser l'eau vive et fraîche de la vie qui se transmet et perdure.
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Dans la descendance, transcende à cause de ses talents multiples et des services rendus à notre société québécoise le père Émile Legault, natif de Saint-Laurent en banlieue de la métropole. Ordonné prêtre en 1930, il est d'abord professeur au collège de Saint-Laurent, puis directeur-fondateur de la troupe de théâtre Les Compagnons de Saint-Laurent en 1937, boursier d'études à Paris, directeur de la revue l'Oratoire, animateur à la radio et à la télévision, officier de l'Ordre du Canada en avril 1981. Il est décédé, regretté de tous, le 28 août 1983, à la résidence des pères de Sainte-Croix à Côte-des-Neiges. Le père Émile Legault, descendant des ancêtres Noël Legault et de Marie Bénard, s'est mérité une place de choix dans le monde religieux et artistique de notre pays.
BIBLIOGRAPHIE
Greffe Adhémar, 27 avril 1699 ; 22 juin 1701 ; 27 février 1707 ; 3 janvier 1712. Greffe Chaumont, 5 juin 1732. Greffe Danré de Branzie, 14 mars 1740. Greffe Dufresne, 1er décembre 1744. Greffe Lepailleur, 2 juin 1735. Greffe Porlier, 12 juin 1741 ; 24 avril 1744. Greffe Raimbault, 17 novembre 1698. Fournier, Marcel, Dictionnaire Biographique des Bretons en Nouvelle-France 1600-1765, p. 95. Jetté, René, Dictionnaire Généalogique des Familles de Québec (1983), pp. 698-699. Montel, Glénisson, Caroline, Un Tour de France Canadien (1980), p. 163. Saintonge, Jacques, Le pleuple de mes Aïeux (manuscrit, 1978), numéro 250. Dictionnaire Biographique du Canada, vol. 2, p. 451. Inventaire des Ordonnances des Intendants de la Nouvelle-France (1919), vol. 1, p. 140. Rapport de L'Archiviste de la Province de Québec, vol. 10, p. 140. |
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